CROIX-ROUGE NIGERIENNE

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Le Département Migration

  • LA MIGRATION AU NIGER

Depuis très longtemps, des populations n’ont cessé de se déplacer dans d’autres régions du globe dans l’espoir de se bâtir une nouvelle existence. Au cours des siècles derniers, ce sont les guerres qui, à plusieurs reprises, ont provoqué des flux massifs de réfugiés.
Ces dernières décennies, les mouvements migratoires dans le monde ont pris des proportions jamais atteintes jusqu’ici. Des études réalisées, par des organisations internationales, estiment effectivement à plus de 175 millions le nombre de personnes vivant actuellement loin de chez elles, parmi lesquelles 19,2 millions des "réfugiés" ou des "personnes déplacées par la guerre".
Conditions de vie déplorables, climats de guerre et de violence, catastrophes naturelles, marasmes économiques persistants, inégalités croissantes entre riches et pauvres, mais aussi mobilité à l’échelle mondiale, telles sont les causes de ces déplacements de populations, entres autres.
Le plus souvent les hommes et les femmes quittent leur patrie dans l’espoir de trouver ailleurs de meilleures conditions de vie. Aujourd’hui, près des deux tiers de la population mondiale habitent dans des pays en développement.
Le fossé qui se creuse entre les nantis et les plus démunis constitue le principal vecteur de la migration internationale.
Soucieux de défendre les intérêts des autochtones, la majorité des Etats adoptent des dispositions restrictives sur l’immigration, tout en reconnaissant leur devoir d’accorder protection et asile aux personnes menacées.
Aujourd’hui, aucun pays n’est à même de faire face à l’afflux de populations étrangères. C’est le cas actuellement du Niger qui est confronté à deux types de migration : la migration interne et la migration externe.

  • La migration interne

Il s’agit ici du déplacement des populations nigériennes des zones rurales qui quittent les campagnes après la saison des pluies (après les récoltes) pour s’installer dans les grandes villes travailler et retourner dans leurs villages à la proches de la saison d’hivernage prochaine. Dans ces grandes villes, ils exercent le petit boulot et même le commerce qui leur permet de faire des économies pour affronter la période de soudure et les travaux champêtres à venir. Cette population migrante est la plus importante dans notre pays.

  • La migration externe

A ce niveau, on distingue :

  • Les migrants nigériens qui vont dans certains pays africains tels que la Cote d’Ivoire, le Benin, le Togo, le Ghana, le Nigéria, l’Algérie, la Lybie etc. Comme ceux cités en amont, ces migrants-ci sont aussi des saisonniers. Ils reviennent à l’approche de la saison des pluies pour pratiquer les travaux champêtres et retournent juste après les récoltes.

Les régions les plus concernées par ce phénomène sont particulièrement Zinder vers l’Algérie, les populations de Tahoua qui émigrent vers la Côte d’Ivoire et les populations de Tillabéry vers le Ghana.

 Cette forme de migration est aussi importante que la première. Chaque année, le pays fait face au problème des refoulés et des rapatriés. Nous avons encore en mémoire les refoulés du Ghana, du Nigéria, de la Cote d’Ivoire. A cela s’ajoutent chaque année, ceux de l’Algérie et les rapatriés de Centrafrique et de la Lybie.

  • La deuxième catégorie de migrants externes est constituée de nigériens qui se déplacent vers ces mêmes pays africains déjà cités en amont mais qui y s’installent cette fois-ci de manière définitive en menant leurs activités. Malheureusement, tout comme les premiers, ces migrants sont aussi, le plus souvent, confrontés au problème de refoulement et de rapatriement dés qu’un conflit interne éclate dans ces pays. C’est le cas notamment en Côte d’Ivoire, en Libye, en Centrafrique…

 

  • La troisième catégorie est constituée de populations nigériennes et celles d’autres pays africains en partance pour la Lybie et l’Algérie pour continuer en Europe. Il faut noter ici que peu de nigériens sont concernés par ce phénomène. Le Niger constitue à la limite un pays de transit pour eux. Cette dernière catégorie, sans être la plus importante, est tout de même la plus vue et la plus médiatisée, pour des raisons que vous connaissez déjà, c'est-à-dire la mise en œuvre de la politique migratoire de l’Europe.

 

  • LE NIGER, PAYS DE TRANSIT PAR EXCELLENCE ?

De par sa position géographique, le Niger constitue, indéniablement, un pays de transit pour les migrants subsahariens qui émigrent vers la Libye et l’Algérie pour continuer en Europe. A ce titre, le Niger demeure l’un des plus importants carrefours migratoires vers l’Afrique du Nord à travers la ville d’Agadez située au centre du pays. Ces dix dernières années, des milliers de migrants ressortissants de pays subsahariens y ont déjà transité.

Zone désertique, la région d’Agadez couvre la partie septentrionale du Niger avec une superficie de 667’799 km2 (soit environ 52 % de la superficie totale du pays). Elle est la plus vaste des huit régions du Niger mais très peu peuplée avec quelque 320’000 habitants (soit 2,9% de la population du pays) qui sont en majorité des nomades (Touareg, Peuls, Kanouris, Toubous, Haoussa). Elle a une densité moyenne de 0,48 h/km2. Elle est limitée à l’Est par la République du Tchad, au Nord par la Libye et l’Algérie, à l’Ouest par la République du Mali et la région de Tahoua, enfin, au Sud par les régions de Maradi, Zinder et Diffa.

La région d’Agadez est un carrefour migratoire important entre l’Afrique Subsaharienne et l’Afrique du Nord. Elle connaît depuis un certain temps un flux important de migrants de diverses nationalités, en route pour l’Algérie ou la Lybie, et parfois même vers l’Europe. Les villes d’Agadez, d’Arlit et de Dirkou sont devenues la plaque tournante de la migration au Niger.
En effet, plusieurs foyers/ghettos et maisons closes se sont créés dans ces villes d’où le phénomène des passeurs des migrants qui y a vu le jour. Une véritable activité économique s’est créée autour de ces migrants. Il s’agit de la location des foyers, des ghettos, des maisons closes, du transport et de la restauration des migrants, de la prostitution, pour ne citer que ces cas-là.
Le séjour de ces migrants dans ces villes a, cependant, contribué à l’l’économie locale.
Après un séjour bref dans ces villes,  les migrants traversent le désert du Niger, passent les frontières de l’Algérie et de la Lybie avant d’entrer en Europe. Au cours de cette traversée, ils encourent d’énormes difficultés parfois même au risque de leur vie.
Par ailleurs, suite à l’accord conclu en décembre 2015 entre l’Etat Nigérien et l’Union Européenne, accord visant à freiner le flux migratoire vers l’Europe via le Niger, la situation des migrants s’est du coup empirée, d’autant plus que passeurs et migrants ont développé d’autres routes plus périlleuses et plus chères, causant des pertes en vies humaines considérables dans le désert.  Cette pénalisation a augmenté de façon considérable les frais de transport des migrants mais aussi la durée du transit.
En mars 2017, l’OIM a enregistré 4.781 migrants qui ont pris départ du Niger pour l’Afrique du Nord. En revanche, à la même période, 8416 migrants ont emprunté le chemin du retour, soit parce qu’ils sont refoulés par les autorités nigériennes, algériennes ou libyennes, soit  ils n’ont pas réussi à  entrer en Europe, ou parce que tout simplement ils ont décidé volontairement de retourner suite à une prise de conscience des risques ou encore par suite d’incidents de parcours (maladie, accidents, manque de ressources, violations de leurs droits…).

  • LA REPONSE ROUGE DU MOUVEMENT

Face à cette situation dramatique, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge présent au Niger, fidèle à sa mission première, celle d’assister les populations vulnérables, a décidé d’intervenir pour soulager les souffrances des migrants à travers des actions humanitaires.

  • Croix-Rouge nigérienne et Croix-Rouge Française (CRN/CRF)

La CRN, en collaboration avec la CRF, mène des activités en faveur des migrants en transit dans la ville d’Agadez notamment dans les domaines de la santé, du soutien psychosocial, de la distribution du matériel non alimentaire, de la sensibilisation et du rétablissement des liens familiaux (RLF). Selon les données du projet CRN/CRF la proportion des populations migrantes en transit selon la nationalité et les raisons du départ sont les suivantes.


NB : Plus 40% des migrants assistés par la CRN/CRF provient de la Gambie et du Sénégal.

La prise en charge medicale des migrant par la Croix-Rouge se fait en ambulatoire dans les foyers/ghetto et les maisons closes mais aussi à la clinique de la Croix-Rouge à Agadez dans l’enceinte du Comité régional.
Quant au cas compliqués, la Croix-Rouge les réfère vers les centres de santé et hopitaux de référence avec une prise en charge totale assurée par  la Croix-Rouge.
Les statistiques ci-dessous indiquent les principales motifs de consultation avec prise en charge des migrants enregidtrés à la Croix-Rouge.

NB : Trois (03) pathologies (maladies digestives, traumatisme et maladies respiratoires), constituent le motif de consultation au niveau du centre Croix-Rouge et des cliniques mobiles.

  • Croix-Rouge nigérienne/Croix-Rouge Danoise (CRN/CRD)

En collaboration avec la Croix-Rouge Danoise, la CRN vient de finir un projet d’assistance aux migrants en transit dans la ville de Niamey à l’image de celui d’Agadez. Ce projet qui est une phase pilote et qui s’étendra dans d’autres régions du Niger confrontées aux problèmes de la migration, dans sa deuxième phase qui démarrera très bientôt, a vu la prise en charge médical de plusieurs migrants.

La CRN et la CRD, à travers les volontaires du comité régional de Niamey, ont mené des activités de sensibilisation auprès des migrants en transit dans les foyers, les familles et les maisons closes. Les thèmes abordés sont les risques liés à la migration, les risques liés aux maladies telles que le palu, le cholera…En plus les migrants ont bénéficiés des kits d’hygiène individuels et collectifs. 
Le tableau ci-dessous indique en détails les nationalités ainsi que le sexe des migrants pris en charge.


 

  • Croix-Rouge nigérienne /Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge (CRN/FICR)

La FICR a appuyé la CRN dans la prise en charge des refoulés de la Côte d’Ivoire en 2003, de la Centrafrique en 2013 et de la Lybie en 2011, 2014, 2015, 2016 et 2017. La CRN a assisté les refoulés en matériel non alimentaire et en soutien psychosocial. Certains des refoulés ont été appuyés dans le cadre de leur réinsertion économique au niveau de leur communauté à travers un transfert monétaire dans les régions de Dosso, Niamey, Tahoua et Zinder.

Pour ce qui est de Zinder justement, cette région est confrontée depuis un certain temps, au problème de la migration vers l’Algérie. Cette année aussi, un grand nombre de ressortissants de cette zone, notamment de Kantché, ont été refoulés de l’Algérie. C’est pourquoi, la CRN et la FICR les appuient afin d’augmenter leurs revenus à travers des activités génératrices de revenus et de création d’emploi.
La Croix-Rouge exécute aussi un projet de sensibilisation et d’assistance aux femmes migrantes dans les départements d’Arlit et de Dirkou, dans la région d’Agadez.

  • Croix-Rouge nigérienne/Comité International Croix-Rouge (CRN/CICR)

En collaboration avec le CICR, la CRN appui les migrants dans le cadre du Rétablissement des Liens Familiaux (RLF) dans la région d’Agadez principalement dans les centres OIM et au niveau des kiosques RLF. Il s’agit :

  • Des appels téléphoniques offert aux migrants en aller et au retour par les volontaires de la Croix-Rouge nigérienne.
  • Des sensibilisations des migrants par les volontaires de la Croix-Rouge nigérienne sur les risques liés à la traversée du désert et de la méditerranée et la nécessité de rester en contact avec la famille tout au long du voyage.
  • Des consultations des albums photos des migrants disparus.
  • Du suivi des demandes de recherche des migrants disparus.

Ainsi, en 2017, 17074 appels téléphoniques  ont été offerts contre 6715 en Mai 2018 ; 268 MCR collectés et 291 distribués contre 74 et 60 en Mai 2018; 128 demandes de recherche ouvertes et 64 clôturées contre 03 et 13 en Mai 2018; 88 enfants non accompagnés et enfants séparés enregistrés et 58 autres réunifiés contre 07 et 04 en Mai 2018; 12092 consultations d’album photos effectuées contre 3625 en Mai 2018.

  • PERSPECTIVES

Cela fait des décennies que les Sociétés nationales viennent en aide aux personnes qui se déplacent. Durant la seule année 2017, nous avons fourni assistance et protection à quelque 9,2 millions de personnes, dont des déplacés internes, des migrants et des communautés hôtes, dans le cadre d’un éventail de programmes d’urgence et de programmes à long terme mis en œuvre dans toutes les régions du monde.

Pour mesurer l’impact de notre assistance et mieux la cadrer, le Mouvement a élaboré récemment une nouvelle Stratégie relative à la migration et sa feuille de route. Ces documents, qui visent à orienter notre action collective face à une crise complexe, ont été approuvés le 8 novembre 2017 lors de l’Assemblée générale.

Cette Stratégie mondiale, qui a pour titre « Réduire la vulnérabilité, renforcer la résilience », guidera l’action du réseau jusqu’à fin 2022. Elle reconnaît qu’il s’agit non seulement de répondre aux besoins humanitaires et d’atténuer les risques, mais aussi d’aider les migrants et les communautés hôtes à renforcer leur résilience en intégrant l’assistance, la protection et le plaidoyer.
La feuille de route qui l’accompagne, dont le but est de faciliter une transition progressive vers des stratégies plus cohérentes et plus intégrées en matière de migration à l’échelle du réseau, définit les investissements collectifs devant être réalisés pour atteindre les objectifs de la Stratégie.
Pour ce qui est de la Croix-Rouge nigérienne, un vaste programme est en cours d’élaboration qui concerne toutes les zones concernées par le phénomène migratoire. Ce programmé sera mise en œuvre avec l’aide de nos partenaires du Mouvement.




janvier 31, 2019 16:42